Alpa 11.50

French Magazine Review of the Alpa 11.50

Below is an original review of the Alpa 11.50, from a French sailing magazine of the early 70s. It came with the boat’s papers when I bought Faïal. I beleive it is from the defunct magazine “Neptune Nautisme”. The author of the review, Daniel Gilles, was a former shipmate of Eric Tabarly and an avid Dragon enthusiast.

Une conception des plus classiques

En faisant appel à Sparkman et Stephens pour une construction en série, la société Alpa ne pouvait s’attendre qu’ à un dessin classique. Si les lignes d’eau et la silhouette générale du 11,50 mètres sont quelque peu démodés, il ne manque pas cependant d’une certaine classe. Comme le démontre la sobriété du plan de pont et la présentation de l’accastillage, le dessin a été pense dans les détails. La coque est conforme aux dessins habituels de l’architecte. Les sections avant sont en V prononcé et la quille assez ramassée. Elle est reliée au large gouvernail par un fort bustle. Les élancements sont importants en particulier celui de l’arrière qui allonge la flottaison à la gîte. La largeur n’est pas excessive. Au premier coup d’œil on se rend compte qu’il s’agit bien là d’un bateau de près. Pour augmenter le volume intérieur donner de la hauteur sous barrots sur une plus grande longueur, le roof est assez volumineux. Il alourdit un peu la silhouette et nuit à la beauté de la coque. Bien sur de l’intérieur, le point de vue ne sera plus le même puisque les aménagements disposeront de beaucoup plus de place. Le 11,50 est particulièrement voilé. Son triangle avant très important lui permet de porter des spis gigantesques. Sa surface de voilure est en fait adaptée à la région méditerranéenne ou le petit temps prédomine.

L’Alpa 11,50 est une unité déjà importante que la sobriété et l’élégance rangent aux cotes des bateaux de classe.

Une construction soignée

La connaissance d’Alpa en matière de moulage polyester est excellente. Il suffit d’examiner le travail de construction de la coque ainsi que celui du pont pour s’en rendre compte. L’hiloire de cockpit se prolongeant sur le roof, l’arrondi des supports des winchs intégrés aux superstructures sont en effet réalisés avec la plus grande maîtrise. Dans le cockpit le bois de teck est utilisé a profusion. Nous regrettons toutefois la monotonie des couleurs extérieures uniformément blanches. Le roof ou le pont venus de moulage auraient sans doute gagné a être d’une couleur différente bien que le filet or du bordé vienne agrémenter l’aspect. Outre la présentation, le bateau semble construit avec sérieux, le déplacement, relativement lourd, montre que rien à bord n’a été construit à la légère. Les espars de section respectable, l’accastillage posé avec soin, chandeliers et balcons, enfin la magnifique pièce d’étrave moulée d’une seule pièce sont parfaitement adaptées à l’utilisation du bateau. Le travail d’entourage du capot de descente, l’ensemble de timonerie barre d’écoute démontrent tout le soin apporté à cette construction. La qualité de finition, nous le sentons très bien, et le dessin de Stephens contribuent à un travail d’ensemble minutieux. Nous citerons encore pour exemple l’emplacement prévu pour la porte de descente lorsqu’elle n’est pas à poste; la facilité déconcertante avec laquelle on transforme la double couchette du carré; l’envers du couvercle de l’évier qui sert de planche a découper. Ce ne sont que des petits détails qui ont peu d’importance me direz-vous. A la mer, ils peuvent en prendre beaucoup et ils sont surtout le reflet d’une conception précise et sérieuse de l’ensemble de la construction.

Accastillage et Gréement

Le gréement du 11,50 mètres Alpa est celui d’un Stephens classique. Galhaubans ne montant pas jusqu’en tête, avec cadène unique servant également pour le bas-haubans, faux-étai, pataras avec point d’ancrage sous le pont réglable par l’intermédiaire d’un ridoir. La bôme est équipée d’un palan d’étarquage de grande voile intérieur, Quand au mat, il supporte deux enrouleurs, l’un pour la grande voile, l’autre pour le foc. L’efficacité de l’enrouleur de foc est toute relative à notre car elle enlève beaucoup de rapidité pendant plus de la moitié de la manœuvre. Le bateau est également pourvu d’un solide accastillage de spi avec une cloche de tangon, coulissant sur le mat et un winch pour la drisse. Deux autres winches d’écoute pouvant servir soit au foc, soit au spi équipent l’arrière du roof de chaque côté de la descente. Ils sont doublés d’une seconde paire située également sur le roof mais a la hauteur du mât. Les écoutes de foc peuvent y être renvoyées ainsi que celle du spi dans le cas ou l’équipier a besoin de voir comment il porte et procéder constamment au réglages.

Pour ceux qui aiment les barres à roue, celle du 11,50 est tout simplement magnifique. La colonne qui supporte la barre elle-même est surmontée d’un compas. Elle possède un système de blocage efficace. Une barre d’appui arrondie dans le haut permet de se tenir dans le cockpit. Le système d’ écoute de grande voile pourvu d’un winch et taquets est disposée de l’autre côté de la barre d’ écoute qui sépare le cockpit en deux parties distinctes. Comme au pied de mât, on aimerait trouver quelques taquets supplémentaires autour du cockpit. Nous pouvons dire toutefois que pour un accastillage standard, bien peu d’éléments sont manquants et que la présentation des divers équipements du bord fait preuve de goût et sobriété.

Aménagements Pratiques

Les aménagements de l’Alpa 11,50 sont avant tout pratiques tant au port qu’à la mer. C’est déjà un qualité importante sur les bateaux actuels. Vous direz que peu de personnes ont besoin d’être a l’intérieur lorsque le bateau navigue, à part quelques « mordus » qui naviguent la nuit. De là a dire que le 11,50 est un bateau de… fou, il n’y a qu’un pas! Je dirais que l’Alpa 11,50 est un bateau complet et qu’il se doit d’être agréable tant au port qu’à la mer. Il lui est possible de réaliser un programme de croisière hauturière sans difficultés et de façon agréable. La partie au pied de la descente est réservée, à bâbord, à la table à cartes ; à tribord, à la cuisine. Celle-ci est propre et bien présentés. Derrière deux petites cloisons qui amorcent une séparation, se trouvent le carré équipé de deux couchettes dont l’une se transforme très facilement en couchette double. Elles peuvent servir de banquettes pendant la journée afin de s’asseoir autour d’une table pouvant être pliée de façon à ne garder qu’un étroit plateau. La partie avant du carré est fermée par une porte qui donne accès sur un coin de toilette à bâbord et une penderie à tribord. On arrive au poste avant par une seconde porte qui permet d’isoler et agrandir le coin toilette en laissant sa porte ouverte et en fermant la poste du poste avant. Il est équipé de deux couchettes confortables possédants plusieurs rangées de tiroirs en dessous. Des équipets sont repartis dans tout le bateau au-dessus des quatre couchettes principales. Le navigateur dispose de sa couchette près de la table à cartes sous le banc de cockpit bâbord.

Cette disposition classique n’appelle aucune remarque particulière. Il faut dire que c’est une des meilleures solutions pour traiter un aménagement lorsqu’on désire qu’il soit facilement utilisable en mer. L’intérieur est bien aéré. Et correctement éclairé. Le panneau de descente et les panneaux de pont ouvrants sont légèrement teintes de façon à ne pas gêner les personnes se trouvant de jour dans les couchettes. Il s’agit là d’un petit détail qui montre le soin apporté à la finition de l’ensemble. L’intérieur manque peut-être de chaleur dans les coloris ou pourtant le bois a été utilise a profusion. Quelques décorations personnelles suffiront à faire de cette intérieur propre et bien fini un agréable lieu de séjour.

Comportement à la Mer

Le vent étant dans l’axe de la sortie des mouillages, nous nous sommes dégagés au moteur de la panne ou nous étions amarrés. Les commandes moteur, sous le petit banc à tribord du barreur se sont révélées particulièrement faciles à manipuler en raison des crans que possède le levier de vitesse. Du fait de son poids relativement important , le bateau est parfaitement évolutif une fois qu’il est lancé. Son grand safran le fait réagir rapidement. Le moteur est un Faryman diesel de 27 CV. C’est un bicylindre équipé d’un alternateur de 400 W, d’une pompe de cale et d’un tableau de bord complet avec les différents cadrans habituels. Avec sa généreuse voilure, l’Alpa 11,50 m est très agréable dans le petit temps. Légèrement gîté il réagit à merveille, trace sa route bien droite sans remuer d’eau. Le plan de voilure allongé, le poids, la possibilité de border les focs assez plats en raison de la position rentrée des cadènes de haubans, autant de facteurs qui lui permettent de pointer haut sans que la vitesse ne s’en ressente. C’est un jeu avec ce type d’unité très fine en carène de lofer progressivement jusqu’à la limite du fasseyement tout en surveillant le speedomètre. L’aiguille met bien du temps à chuter et un petit coup de barre au vent suffit à la faire regrimper. Par contre si l’on abat au plus près de quelques, étant en route, la vitesse n’augmente pour ainsi dire aucunement. Dans le calme et le clapot, le bateau « marsouine » assez brusquement et manque d’aise. Des que la brise rentre il passe pourtant à merveille dans la vague en force. Ses entrées d’eau assez fine, ses sections en V, sa voûte qui allongent la flottaison l’aide à passer. Son fort rapport de lest lui permet d’accélérer nettement à la risée tout en gagnant en cap. Le bateau est sans doute moins complet aux allures arrivées bien qu’il soit parfaitement stable et que le gouvernail et l’important bustle soit parfaitement adaptés à cette jolie carène. Comme a son habitude, Stephens a dessiné un bateau dont les œuvres vives favorisent les allures de près. Les réactions de l’Alpa 11,50 reflètent parfaitement le tempérament du bateau. Il est sans aucune surprise : facile à mener, rapide par petit temps, passionnant dans la brise.

A notre avis

Le chantier Alpa a amélioré sa construction et sa présentation en élaborant des éléments préfabriqués standard comme la cuisine ou la table à cartes qui sont exactement les mêmes sur plusieurs modèles de la gamme. Les temps de fabrication ont été réduits et la finition plus poussée. Le 11,50 mètres se présente comme un très agréable bateau de croisière ou le soin apporté à la fabrication, est parfaitement mis en valeur par l’élégance de l’ensemble du plan. Il est suffisamment « affûté » pour pouvoir s’aligner en course bien qu’il soit légèrement démodé. Disons que cette unité a plutôt la vocation d’un bateau classique, séduisant et pratique.